Let's dance!

« Nangadef ? », « Mangi fi rek » ou pour les novices comme moi il n’y a pas encore si longtemps « Comment ça va ? », « On est là » donc tout va bien !!! En tout cas je suis là et très contente de vous retrouver !!! Vous aurez tous reconnu (bien sûr ^_’) le wolof, LA langue la plus parlée au Sénégal. Soyez bien heureux de votre kit de survie linguistique car je vous emmène en Casamance danser le sérouba : waaw waaw (« waaw » signifie « oui » en wolof) …So let’s dance !

 

On va où ? on fait quoi ? et puis qu’est-ce que c’est le sérouba ?

 

Pas de panique, on vous dit tout (ou presque)! Le sérouba a débarqué en Casamance – région du sud du Sénégal frontalier à la Gambie et découverte au XVème siècle par le navigateur portugais Dinis Dias – avec l’arrivée des populations Sossés dès le XIIIème siècle à l’époque de Soundiata Keïta, Empereur du Mali. À savoir que le terme sossé en wolof désigne toute personne appartenant à l’ethnie mandingue (Bambara, Dioula, Malinké, Soussou, etc) et donc venant du royaume historique du Mali. Donc il s’agit d’une danse aux origines mandingues, aujourd’hui totalement intégrée dans l’identité des Casamançais du Sénégal. Aaah la magie du brassage culturel : j’adore !

 

J’ai l’honneur de vous présenter les trois protagonistes au cœur de la rythmique sérouba, sans eux rien ne se passe : i) kutirindin, le plus petit qui tient la rythmique ; ii) le kutiriba, la basse (au centre de la photo) qui donne le tempo et iii) le sabaroo, le plus allongé, réservé au soliste qui improvise selon les pas du danseur. Traditionnellement, ces tam-tams sont tannés de peau de chèvre sur du bois de Vène aussi appelé « Palissandre du Sénégal », un bois brun jaunâtre veiné de brun violacé bizarrement très convoité (mais chut ! Ceci est un autre sujet). Des lanières en cuir pendent le long du tronc et des perles n’ont pas qu’un rôle d’ornement, elles éloignent les mauvais esprits.

(Sérouba ; source : Globe-reporters.org)

 

Pour ceux déjà familiers avec Son Excellence Monsieur Samory Touré (voir et revoir l’article « Let’s dance…Le doundoun danse ») : eh bien sachez que sous son règne, les guerriers s’en allaient au combat sous les battements du sérouba, voilà qui motive ! Et plus encore, les batteurs de sérouba se transmettaient le flambeau de génération en génération formant ainsi une lignée de batteurs qui s’est depuis éteinte laissant le champ libre à quiconque souhaitant battre le sérouba.

 

Et sinon …

 

Assez de palabre ! Alors concrètement le sérouba ça donne ça (cliquer sur l’image):

 

 

On remercie au passage l’association Casadimensa grâce à qui j’ai fait cette belle découverte en allant à la pêche aux infos sur Internet. Visitez leur site, il en vaut le détour : http://www.casadimensa.be/fr. De même, j’aurai bientôt plaisir à participer au stage de danse sérouba qu’organisera prochainement sur Paris le chorégraphe et danseur Alseye Ndao. Ce sera l’occasion de partager avec vous encore plus d’images et de vibrations !!!

 

D’ailleurs, au détour de nos bavardages avec Alseye, j’ai appris que le sérouba avait plus d’un tour dans son sac… Il se veut « festif » lors des fêtes de famille (mariage, baptême) ou autres célébrations telles que la bonne récolte pour remercier la terre nourricière. Le pas de danse consiste à taper des pieds dans un jeu de jambes et de pieds allongés en formant un grand cercle normalement composé de danseurs et danseuses.

 

Il se danse également lors des cérémonies d’ouverture et de clôture des rites d’initiation qui marquent le passage à l’âge adulte des jeunes hommes pouvant s’étaler sur une période allant de 8 à 12 mois. Il s’accompagne de chants spirituels au moment de l’entrée à l’initiation et de chants populaires lors de la sortie de cette période d’apprentissage. Les chants spirituels ne sont pas rendus publics, ils ont vocation à divulguer des messages pour accompagner les futurs hommes dans leur quête d’identité et de maturité, car il arrivait malheureusement que certains de ces initiés ne survivent pas au rituel, notamment à l’étape essentielle de la circoncision.

 

Pour conjurer le sort, on faisait appel au kankourang, masque mythique, pour identifier les fauteurs de trouble et les punir en conséquence. La personne endossant le rôle du kankourang est élue en secret un an avant le commencement de l’initiation par le conseil des vieux du village…S’agit-t-il réellement d’une personne ? Mystère… Pour sûr, il est le garant de l’ordre social et de la préservation de l’environnement, contribuant à la lutte contre la déforestation et autres catastrophes naturelles. Il est facilement reconnaissable grâce aux fibres traités des écorces de l’orme, dont il est entièrement couvert et dont le dessèchement progressif lui procure cette couleur rougeâtre. Le kankourang est armé de deux machettes de protection et il n’est pas rare qu’il soit accompagné de deux confrères lors de ses tournées : du renfort c’est toujours mieux !

(Kankourang ; source : Sénégalais de France Infos)

 

Alors, une petite virée en Casamance, ça vous tente ?

 

(Danses Diola en Casamance ; source : Ecolodge Le Papayer Hôtel Cap Skirring)

 

En attendant…Lumière sur: Tio Percussion

 

Tio Percussion, c’est une compagnie de danse, basée à Paris (France), active depuis 2008, qui a pour mot d’ordre le mé-ti-ssage ! Dès le départ, son fondateur Mamadou Traoré a puisé dans ses racines de Casamance pour pimenter sa création d’un mélange des cultures musicales d’Afrique de l’Ouest et européennes ; mais aussi et surtout inciter les filles à taper du djembé comme les gars, et pourquoi pas ?! Et ça a marché car il a su bien entourer. Sa troupe compte à ce jour 9 artistes, 6 musiciens et 3 danseurs dont Alsye Ndao (danseur et chorégraphe).

 

Même si les débuts ont été difficiles, notamment pour se faire connaître et reconnaître du milieu comme du grand public, Tio Percussion fait son bonhomme de chemin et se produit lors de grands festivals tels que Sam’ Africa (Tio Percussions au festival Sam’ Africa 2015), Les nuits mandingues et pleins d’autres encore. La clé du succès : de la créativité, un répertoire propre et un dynamisme « no limit » que l’on retrouve notamment dans leur spectacle Yonnbi (le chemin). Et l’aventure ne s’arrête pas là car Tio Percussion a des idées pleins la tête et pourquoi pas un retour aux sources avec la préparation d’une tournée au Sénégal en avril 2018 pour célébrer la journée internationale de la danse le 29 avril ? Suivez-les et vous saurez !

 

Le mot de la fin : « Que les choses avancent et que la compagnie se produise de plus en plus à l’international » – Alseye Ndao

 

Mille merci à Alseye Ndao (Tio Percussions) affaires à suivre au prochain stage sur Paris ; merci à vous de me lire et n’oubliez pas, rendez-vous prochainement…

 

 

« Huggy Les bons tuyaux » :

 

Laisser un commentaire